Beit Shean-Une ville biblique- et Scythopolis-Une cite romano-byzantine
Israel Ministry of Foreign Affairs
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 Beit Shean-Une ville biblique- et Scythopolis-Une cite romano-byzantine

8/9/2001

 

 SITES ARCHEOLOGIQUES NO. 7
 INTRODUCTION | BEIT ALPHA | BEIT SHEAN | APOLONIA-ARSUF |
 NEBI SAMWIL | QUMRAN | RAMAT RAHEL |
 
     
Beit Shéan - Une ville biblique, et Scythopolis - Une cité romano-byzantine
 
 
Vue aérienne des fouilles archéolo- giques de Beit Shéan
  L'ancienne ville de Beit Shéan, située dans la vallée du Jourdain, à une trentaine de kilomètres au sud du lac de Tibériade (mer de Galilée), revêtait une importance stratégique en tant que carrefour de deux voies importantes : la route venant de Jérusalem et se dirigeant vers le nord et la route provenant de la côte nord et conduisant vers l'est jusqu'à la Transjordanie. Cette position stratégique dans la fertile vallée de Beit Shéan en faisait l'une des principales villes du Pays d'Israël.

Entre 1921 et 1933, d'importantes fouilles archéologiques furent menées sur les quatre hectares et demi du tel (tertre) de Beit Shéan (en arabe : Tel el-Husn - la colline de la forteresse). Les vestiges de la période romano-byzantine ont été mis à jour au sommet du tel et, dans sa partie méridionale, ceux d'époques antérieures - âges du bronze et du fer - ont été retrouvés. Au cours des fouilles, des vestiges de 20 villages en strates de diverses époques depuis le néolithique/chalcolithiques (Ve et IVe millénaires avant l'ère chrétienne) jusqu'à l'époque byzantine (VIIe siècle) ont été découverts. Les fouilles ont repris sur le tel en 1983 et à nouveau, entre 1989 et 1996, révélant d'autres vestiges de villes anciennes. Depuis le début des années 1980 et jusqu'à nos jours, des fouilles de grande envergure ont été réalisées dans le secteur qui correspondait au centre de la ville des époques hellénistique et romano-byzantine.

Au cours de la période hellénistique, Beit Shéan fut nommée Scythopolis (la ville des Scythes) et se développa vers le sud-est jusqu'à Tel Itztaba. La ville, de plus en plus étendue et de plus prospère, atteint son apogée pendant la période romano-byzantine, lorsqu'un nouveau centre urbain fut construit dans la vallée au sud-ouest du tel, entouré par des quartiers résidentiels ; durant la période byzantine, elle fut également fortifiée par une muraille.

Au début de la domination arabe, Beit Shéan-Scythopolis déclina avant d'être détruite par un tremblement de terre, en 749. Au XIIe siècle, une petite forteresse fut édifiée par les croisés pour contrôler les carrefours et empêcher les musulmans de pénétrer dans leur royaume, mais la ville ne fut jamais reconstruite. Par la suite, il ne subsista qu'un petit village arabe.

 
 

 

 

  BEIT SHEAN

Les premiers villages

Comme les fouilles n'ont porté que sur un secteur limité, les débuts de Beit Shéan sont mal connus. Il est cependant évident, d'après les dépôts accumulés sur plusieurs mètres de hauteur, que le peuplement fut intensif et continu. Les premiers habitants, de la période chalcolithique, vivaient dans des grottes taillées dans le roc à flanc de colline. Des habitations au grand jour, construites en briques d'argile plates, apparurent au début du IIIe millénaire avant l'ère chrétienne.

Des témoignages d'une grande ville de l'âge du bronze (IIIe millénaire) ont été mis à jour. Cette ville s'étendait jusqu'à la colline située à l'est du tel, et ses habitants vivaient dans de vastes demeures de plusieurs pièces. L'une des constructions était un bel édifice en brique au toit en roseaux enduits de plâtre et comprenant une salle spacieuse aux murs de plus d'un mètre d'épaisseur. Il s'agissait soit d'un entrepôt public soit d'un grenier à blé ; il fut détruit par le feu, laissant des poutres en bois calciné et une grande quantité de blé et de légumineuses noircis. Des poteries de bonne qualité décorées de noir et de rouge ont été découvertes mêlées à des productions locales inférieures, ce qui a conduit les archéologues à émettre l'hypothèse que des immigrants venus du nord-est de l'Anatolie et de la région de la mer Caspienne s'étaient installés à Beit Shéan.

Pendant le milieu de l'âge du bronze (première moitié du IIe millénaire avant l'ère chrétienne), Beit Shéan déclina pour devenir une ville d'importance mineure. Au XVIe siècle av., un temple fut construit en briques de terre enduites uniformément de plâtre blanc. Il comprenait trois parties : un vestibule, une salle principale (heikhal) et une salle intérieure (dvir).


Tableau chronologique
 
BEIT SHEAN
Premiers peuplementsPériode chalcolithiqueIVe millénaire av.
Grande villeDébut de l'âge du bronzeIIIe millénaire av.
Petite villeMilieu de l'âge du bronze1ère moitié du IIe millénaire
Centre administratif égyptienFin de l'âge du bronzedu XVe au XIIe siècle av.
Ville cananéenneAge du ferXIIe et XIe siècle av.
Ville israéliteAge du ferdu Xe siècle à 732 av.
 
SCYTHOPOLIS
Grande ville prospèreEpoque hellénistiqueIIIe et IIe siècle av.
Ville planifiée avec un centre urbainEpoque romainedu Ier siècle av. au IIIe siècle de notre ère
Ville étendue avec une murailleEpoque byzantinedu IVe au VIIe siècle
Ville en déclin détruite par un tremblement de terre (749), petit villageDébut de l'époque islamiquedu VIIe au Xe siècle
 
EPOQUES ULTERIEURES
Petite forteresseEpoque des croisésXIIe siècle
VillageFin de l'époque islamiquedu XIII au XIXe siècle

 
 

 

 
Centre administratif égyptien

A la fin de l'âge du bronze et au début de l'âge du fer (du XVe au XIIe siècle avant l'ère chrétienne), Beit Shéan était une ville importante et, comme Megiddo, un centre administratif de l'empire égyptien dans le nord de Canaan. La ville est fréquemment mentionnée dans les documents royaux égyptiens et dans des inscriptions datant du règne des pharaons du Nouvel empire. Ce centre administratif, à l'intérieur de la ville fortifiée, comprenait la résidence du gouverneur, des bâtiments administratifs, un grenier royal et un quartier résidentiel pour les familles des fonctionnaires égyptiens. Des découvertes comme les stèles royales témoignent de l'importance de la ville en tant que centre administratif égyptien.

Parmi les édifices royaux de Beit Shéan, citons une série de temples associant le style cananéen et des éléments architecturaux caractéristiques des constructions monumentales en Egypte même. Le premier temple de Beit Shéan fut édifié pendant le règne de Touthmôsis III, au début du XVe siècle avant l'ère chrétienne : une vaste cour était en partie entourée de vestibules et de pièces dans lesquelles plusieurs dizaines de poteries égyptiennes apportées en offrande ont été retrouvées. L'ensemble fut modifié au XIVe siècle avant l'ère chrétienne pour inclure une vaste cour contenant un autel. Le temple lui-même, qui comprenait une entrée avec l'autel et une salle intérieure dotée à l'arrière d'une petite cellule, se dressait sur le côté est de la cour. On y a retrouvé une stèle en pierre représentant, sur le modèle égyptien, des silhouettes debout, face à un dieu assis, probablement le dieu cananéen Mekal. L'inscription figurant sur la stèle précise qu'il fut dédié par le scribe égyptien Pa-re-em-heb à la mémoire de son père Mem-ep. Vers la fin du XIVe siècle avant l'ère chrétienne, un nouveau temple légèrement modifié, fut construit à Beit Shéan et demeura en usage jusqu'à la fin du XIIe siècle avant l'ère chrétienne. Des bancs pour les offrandes longeaient les murs du grand vestibule dont le plafond était porté par deux colonnes en bois reposant sur des socles en pierre. A l'arrière du vestibule, des marches conduisaient à un long dvir étroit et surélevé d'un mètre cinquante, avec une bima contre le mur du fond.

Durant cette période, la résidence fortifiée du gouverneur, un bâtiment en briques mesurant 23 x 22 mètres, fut construite à Beit Shéan avec des murs épais. Dans la salle centrale entourée de pièces sur les quatre côtés, deux colonnes en bois reposant sur des socles en pierre soutenaient le plafond. A proximité, des deux côtés d'une rue, se trouvaient les habitations des fonctionnaires égyptiens. Certains éléments architecturaux, comme les linteaux et les montants des portes avec des inscriptions dédicatoires et des serments solennels, ont été retrouvés, ainsi que des objets en poterie et des bijoux similaires aux objets égyptiens de l'époque.

 
 
  Plusieurs stèles de basalte de style royal égyptien, datant de la fin du XIIIe siècle ou début du XIIe siècle avant l'ère chrétienne et ayant fait l'objet d'une réutilisation, ont été découvertes dans des temples cananéens du XIe siècle. Deux stèles datant du règne du pharaon Séti Ier portent ses noms et ses titres. La « grande stèle », constituant la découverte la plus impressionnante de l'époque de la domination égyptienne en Canaan, décrit la victoire sur les villes cananéennes qui s'étaient rebellées contre l'Egypte et précise leurs noms, notamment Beit Shéan. La « petite stèle » rapporte la victoire du pharaon sur les tribus vivant dans la région montagneuse à proximité de la ville, entre autres, les Apiru (le nom donné aux Hébreux bibliques dans les documents égyptiens). Une autre stèle, datant du règne du pharaon Ramsès II, énumère les titres du roi et ses actions menées en faveur des faibles.
 
 
  Sur une colline au nord du tel, les vestiges d'un cimetière de l'époque de la domination égyptienne ont été découverts ainsi que, dans les tombes, plusieurs dizaines de sarcophages anthropomorphiques en argile avec, sur leurs couvercles, les visages des morts représentés en relief. Les coiffures sont identiques à celles des guerriers philistins représentés sur les bas-reliefs d'un temple égyptien de l'époque de Ramsès III. Les spécialistes supposent que des fonctionnaires ou des soldats philistins, mercenaires dans la garnison égyptienne de Beit Shéan, ont été inhumés dans ces sarcophages.

La domination égyptienne sur Beit Shéan prit fin au milieu du XIIe siècle avant l'ère chrétienne, lorsque la ville fut détruite par le feu. Le déclin de l'autorité égyptienne sur Canaan provoqua des troubles politiques et aussi bien les peuples de la mer (auxquels sont apparentés les Philistins) que les tribus israélites pénétrèrent dans la région à cette époque.

La ville cananéenne

La Bible mentionne Beit Shéan comme l'une des villes cananéennes qui ne fut pas conquise par les Israélites sous la conduite de Josué (Josué 17 ∫11-12 ; Juges 1 : 27). Beit Shéan est à nouveau citée après la défaite de l'armée israélite du roi Saül vaincue par les Philistins sur le mont Guilboa (au sud de la ville), lorsqu'ils empalèrent les corps du roi Saül et de ses fils sur les murailles (I Samuel 31 : 10-12).

 
 
  A la fin du XIIe siècle et pendant le XIe siècle avant l'ère chrétienne, Beit Shéan était une importante ville cananéenne comprenant différentes populations : Cananéens et descendants des Egyptiens et des Philistins. Pendant cette période, deux temples furent construits sur les ruines d'un ancien temple égyptien. Celui du sud contenait une longue salle centrale où deux rangées de trois colonnes soutenaient le toit, ainsi qu'un certain nombre de pièces des deux côtés. Le temple du nord était rectangulaire et son toit était porté par quatre colonnes. Les stèles égyptiennes décrites ci-dessus, utilisées une deuxième fois, y ont été retrouvées. On a également découvert dans ces temples cananéens de grands présentoirs rituels en céramique imitant des édifices de plusieurs étages et ornés de décorations anthropomorphiques et zoologiques, notamment des serpents et des oiseaux. Cette ville cananéenne fut entièrement brûlée au début du Xe siècle avant l'ère chrétienne, probablement lors de sa conquête par le roi David.
 
 

 

  La ville israélite

Beit Shéan est citée comme une ville importante du cinquième district du roi Salomon (I Rois 4 : 12). On y a retrouvé des bâtiments administratifs datant de cette époque, l'un d'eux, très spacieux et comprenant un grand nombre de pièces, servant sans aucun doute de centre administratif régional. Cette ville a été rasée par le roi assyrien Teglath-Phalasar III en 732 avant l'ère chrétienne lorsqu'il conquit le royaume d'Israël.


Scythopolis

Aux époques hellénistique, romaine et byzantine, Beit Shéan prit le nom de Scythopolis ou « ville des Scythes », probablement des mercenaires vétérans qui s'y étaient installés. Selon une tradition, la ville fut fondée par Dionysos, et sa nourrice Nysa y fut enterrée, d'où son autre nom de Nysa-Scythopolis.

Des fouilles ont été effectuées principalement dans la vallée au sud et au sud-ouest du tel. Elles ont permis de mettre à jour les principales voies et les bâtiments publics du centre urbain de la Scythopolis romano-byzantine avec, au sud, les vestiges d'un théâtre et d'un amphithéâtre.

 
 

 

Plan du centre de Scythopolis
  Plan du centre de Scythopolis

Beit Shéan est mentionnée dans des sources écrites des IIIe et IIe siècles avant l'ère chrétienne décrivant le conflit entre les Lagides et les Séleucides (héritiers de l'empire d'Alexandre le Grand) pour prendre le contrôle du Pays d'Israël ainsi qu'en liaison avec les guerres menées par les Asmonéens pour se libérer de la tutelle séleucide.

Au début de la période hellénistique, la ville n'occupait que le sommet du tel. Sous la domination séleucide (IIe siècle avant l'ère chrétienne), le statut de polis (ville, en grec) lui fut décerné. Elle englobait alors Tel Itztaba (au nord du tel) où des vestiges du quartier résidentiel de l'époque ont été mis à jour. Les maisons, aux murs de briques, reposaient sur des fondations rocheuses et les pièces s'ordonnaient autour d'une cour pavée de pierres ; les murs étaient couverts de fresques et de stuc imitant les constructions en pierre de taille. Les ruines d'un grand édifice public aux murs en pierre taillée d'un mètre d'épaisseur, enduits de plâtre pour donner l'impression de panneaux de stuc, ont également été découvertes.

Scythopolis fut conquise et détruite par les Asmonéens à la fin de IIe siècle avant l'ère chrétienne. Un terrible incendie recouvrit d'une épaisse couche de cendres des récipients en céramiques et d'autres ustensiles, comprenant de nombreuses poteries importées, notamment plusieurs dizaines d'amphores de vin provenant des îles grecques (Rhodes essentiellement) et portant des traces de cachet sur les anses.

L'époque romaine

En 63 avant l'ère chrétienne, Pompée, général et triumvir romain, imposa diligemment la domination romaine en Judée, et Scythopolis joua un rôle de premier plan dans l'administration de la région. Dotée de privilèges particuliers, la ville commença le décompte des années depuis le moment où elle obtint le statut de polis romaine. C'était la plus grande ville du Décapole, une ligue de dix villes hellénisées dont neuf se trouvaient à l'est du Jourdain. Des chantiers publics furent ouverts au Ier siècle de l'ère chrétienne dans le nouveau centre urbain de Scythopolis, situé dans la vallée, au sud-ouest du tel. Les bâtiments de cette époque sont mal connus, car ils furent détruits ou insérés dans les grands travaux de construction de la période suivante.

 
 
  Durant les règnes des empereurs Hadrien, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle, au IIe siècle (l'époque de la pax romana), l'empire connut une période de paix, de sécurité et de prospérité économique, comme en témoignent les grands chantiers planifiés des villes romaines. Scythopolis était un exemple remarquable de cette planification et de cette construction urbaines évoluées. D'impressionnantes portes isolées furent dressées pour marquer les limites de la zone urbaine. Dans la vallée, au sud-ouest du tel, un nouveau centre municipal fut créé. Le long de ses artères principales à colonnades s'alignaient le temple, la basilique, la nymphée (fontaine) et les thermes. Plus au sud, se trouvaient les hauts-lieux de divertissement : le théâtre et l'amphithéâtre. L'ancien tel servait alors d'acropole hébergeant le temple principal de la ville. L'eau du mont Guilboa, situé à 7 km au sud-ouest de la ville, était acheminée par un aqueduc.

Le basalte noir, caractéristique de la région, dominait dans les bâtiments et les chaussées. Les édifices publics étaient revêtus de calcaire dur apporté du mont Guilboa, tout comme les éléments architecturaux tels les colonnes et les parties taillées. De nombreuses constructions étaient magnifiquement ornées de colonnes de granit et de pièces sculptées dans du marbre importé. Les édifices publics étaient financés par l'administration romaine et par des donateurs. Des inscriptions à la gloire des bienfaiteurs de la ville, notamment des empereurs et des gouverneurs romains, ont été trouvées dans les ruines.

De nombreux bâtiments de Scythopolis ont été endommagés par le tremblement de terre de l'année 363. En 409, la ville fut consacrée métropole (capitale provinciale) de la Palaestina Secunda qui comprenait la Galilée et le nord de la Transjordanie. La population de la ville continua à augmenter grâce à son développement administratif et économique. Son nouveau statut conduisit également à de grands travaux de réparation des dégâts causés par le tremblement de terre ainsi qu'à des restaurations et des reconstructions.

L'époque byzantine

Durant cette période (du IVe au VIIe siècle), le centre urbain de Scythopolis connut de nombreuses modifications. Le temple païen du centre de la ville fut détruit mais le nymphée et les thermes de l'est furent restaurés, et de nouveaux thermes spacieux furent construits au sud. La basilique fut transformée en une vaste agora (place). Quelques rues furent pavées de mosaïques stoas, d'autres devinrent plus étroites du fait des nouvelles échoppes qui les bordèrent. Les nombreuses inscriptions dédicatoires retrouvées dans les bâtiments restaurés témoignent du rôle joué par l'administration dans ces projets ; les philanthropes semblent avoir préféré consacrer leurs dons à l'édification d'églises ou de synagogues.

Au cours des IV et Ve siècles, l'agglomération de Scythopolis s'étendit jusqu'au plateau, autour du centre municipal. Les vestiges de villas travaillées aux mosaïques colorées, comme ceux de la Maison de Leontius, ont été retrouvés dans la partie ouest de la ville. La population, majoritairement chrétienne comme l'atteste le grand nombre d'églises, comprenait aussi des communautés minoritaires juive et samaritaine ayant chacune leur synagogue dont les vestiges ont été retrouvés. A cette époque, Scythopolis fut entourée d'une muraille ponctuée de nombreuses tours carrées. Cette muraille, d'environ 2,5 mètres d'épaisseur et de 4,5 kilomètres de longueur, englobait les portes de la cité romaine ainsi que la superficie totale de la ville - environ 2 hectares - notamment l'amphithéâtre et les quartiers résidentiels.

Au VIe siècle, avec une population d'environ 40 000 habitants, Scythopolis atteignit sa taille maximum. Des quartiers résidentiels et des églises furent également construits à l'extérieur des murailles. La densité de population, la préférence marquée pour des constructions plus fonctionnelles et le déclin de l'administration conduisirent à un piètre entretien des somptueux bâtiments romains et à une dégradation générale de la ville vers la fin de l'époque byzantine.

 
 

 

 

 

  Vestiges des époques romaine et byzantine

Rues à colonnades

Plusieurs rues à colonnades, bordées par les édifices de la Scythopolis romaine, traversaient le centre de la ville au pied du tel. La largeur des rues était d'environ 24 mètres ; de chaque côté de l'artère principale à ciel ouvert se dressaient deux rangées de colonnes supportant des toitures couvrant les trottoirs surélevés et bordés de magasins. Les rues furent restaurées à l'époque byzantine et des inscriptions en mosaïque mentionnant les noms des responsables de cette rénovation ont été retrouvées (ces noms furent adoptés par les archéologues pour baptiser les rues).

La rue Sylvanus traversait la ville du nord au sud le long du flanc ouest du tel. Au sud, s'alignait une colonnade de 56 mètres de long très étudiée avec, en façade, une rangée de colonnes de 7 mètres de hauteur, derrière un bassin réfléchissant. La rue de la Vallée débouchait de la rue Sylvanus. Cette rue à colonnade, avec ses colonnes de 5 mètres de haut, était à ciel ouvert sur 150 mètres et se poursuivait sur plusieurs centaines de mètres vers le Nahal Harod, traversé par un pont en pierre de 37 mètres de long, soutenu par trois piles massives d'où jaillissaient deux grandes arches. A l'extrémité nord de la rue, se trouvait une porte monumentale, de 7 mètres de large, au toit voûté. Elle permettait à ceux qui pénétraient dans la ville par le nord de parvenir au centre par la rue de la Vallée. A l'époque byzantine, cette porte fut incorporée aux murailles de la ville.

 
 
  La rue Palladius, une autre voie à colonnades, partait du théâtre vers le nord pour rejoindre, au bout de 150 mètres, la rue Sylvanus, au pied du tel. Selon une inscription en mosaïque, la colonnade ouest de la rue fut repavée au IVe siècle durant le mandat du gouverneur Palladius, fils de Porfirius. Au centre de cette colonnade, se trouvait la place Sigma (une place semi-circulaire empruntant la forme de la lettre grecque du même nom) qui, selon une inscription en mosaïque, fut construite au début du VIe siècle. Elle regroupait les activités commerciales et les divertissements. La place Sigma était dallée de pierre et les 12 pièces qui l'entouraient étaient pavées de mosaïques aux motifs colorés. Le sol de l'une des pièces avait la forme d'un médaillon où s'insérait un portrait de Tyché, la déesse patronne de Scythopolis. Sa couronne revêt la forme d'une muraille avec des tours et elle tient à la main une corne d'abondance remplie de fruits et un palmier.

L'intersection des rues à colonnades du centre municipal de la Scythopolis romaine, près de l'angle sud-ouest du tel, était soulignée par un grand monument de 15 mètres de hauteur. Sur sa plate-forme trapézoïdale (environ 14 x 12 m) reposaient des colonnes aux chapiteaux corinthiens soutenant des arches et une frise décorée.

L'acropole

A l'extrémité nord de la rue Palladius, au pied du tel, se dressait un monumental propylée (porte) à trois entrées. De là, un escalier, la via sacra (la voie sacrée) conduisait au sommet du tel, à l'acropole de Scythopolis. Un autel, dédié à Zeus Akraios (Zeus des hauteurs - l'acropole), a été retrouvé au pied du tel, indiquant qu'autrefois, un temple à Zeus surplombait la ville. A l'époque byzantine, le temple fut supprimé et remplacé par une église.

La basilique

La basilique municipale centrale de Scythopolis, de 70 mètres de long sur 30 de large, était située à l'ouest de l'intersection des artères principales. Des rangées de colonnes aux chapiteaux ioniques recouvertes d'un toit créaient une sorte de galerie protégée tout autour d'une cour à ciel ouvert. La basilique abritait le centre commercial de la ville ; les affaires juridiques et publiques y étaient également traitées.

A l'époque byzantine, une vaste agora (place) remplaça la basilique. De forme irrégulière, située entre les édifices romains existants, elle était entièrement entourée par des colonnades. L'agora jouait un rôle central dans la vie commerciale de la Scythopolis byzantine.

Le nymphée

 
 
  Cette fontaine publique, située dans la rue Sylvanus à proximité du monument, était un édifice très travaillé comprenant une façade semi-circulaire - une abside en face de la rue, percée de niches pour les statues. Sur les podiums encadrant l'édifice se dressaient quatre grandes colonnes cannelées par groupe de deux. L'eau de l'aqueduc, arrivant à l'arrière du nymphée, se déversait dans un petit bassin par les ouvertures aménagées dans la façade.

Le temple

Au croisement des rues Sylvanus et Palladius, se trouvait un temple romain, probablement consacré au culte de Dionysos, le dieu protecteur et le fondateur de la ville d'après la tradition. On y célébrait aussi probablement le culte de Nysa, la nourrice de Dionysos, elle aussi considérée comme une déesse. Le temple était construit sur une tribune de 20 mètres de haut soutenue par un ensemble d'arches. On y accédait par un large escalier sur la place. Sur la façade, se trouvait un pronaos (vestibule) où se dressaient quatre énormes colonnes de calcaire reposant sur des socles et pesant chacune 25 tonnes. Ces colonnes soutenaient un gable décoré. Un piédestal, retrouvé sur la place devant le temple, porte une inscription en grec mentionnant le nom de l'empereur Marc- Aurèle (161-180) et commençant ainsi : Avec la bonne fortune. Les habitants de la ville de Nysa Scythopolis Au IVe siècle, le temple fut en grande partie détruit par les chrétiens, mais sa belle façade subsiste.

Les thermes à l'est de la ville

 
 
  Situés dans la rue Sylvanus, à l'est de la basilique, ils comprennent une salle carrée de 20 x 20 m qui servait de frigidarium (bains froids) dans les thermes. Les murs et le sol étaient recouverts de dalles de marbre. L'un des murs était orné d'une fontaine, les autres étant percés de niches pour des statues. Des fragments de statues, probablement fracassées à l'époque byzantine, ont été retrouvés dans une fosse sous les thermes ; ce sont ceux d'un jeune Dionysos grandeur nature, d'une Aphrodite nue, d'un empereur portant une armure et d'une Athéna.

La partie principale des thermes contenait des pièces et des vestibules, notamment un caldarium chauffé par un hypocauste. Dans de grandes latrines, avec une cour à colonnade, s'alignaient des sièges percés régulièrement espacés le long des murs et, au-dessous, des rigoles d'évacuation.

Le théâtre

Le monumental théâtre de Scythopolis, situé à l'extrémité sud de la rue Palladius, est le bâtiment de l'époque romaine le mieux conservé. Les spectacles présentés consistaient principalement en divertissements légers comme des acrobaties, des imitations et des compétitions sportives, mais des pièces étaient aussi interprétées.

 
 
  Le théâtre, de 110 mètres de diamètre, était construit à flanc de colline, et son mur arrière en partie taillé dans le roc. Sa façade orientée vers le tel où se dressait le temple de Zeus, était entourée de ronds-points. Ce théâtre contenait 7 000 places assises réparties en trois gradins en calcaire. Seul le gradin inférieur comprenant 13 rangées, notamment la première réservée aux dignitaires, est demeuré intact. Des neuf escaliers disposés en rayons, il ne subsiste que le noyau du bloc du milieu, les sièges de calcaire ayant été retirés ultérieurement. Autour de l'édifice, une rangée de gros pilastres témoigne de l'existence d'un gradin supérieur dont il ne reste plus rien aujourd'hui. Les spectateurs pénétraient dans le théâtre par huit passages cintrés. Le parterre semi-circulaire était pavé de marbre ; on y accédait par des galeries voûtées situées sous les gradins. La scène surélevée, elle aussi dallée de marbre, reposait sur une rangée d'arches. Le scenae frons, l'arrière-plan architectural de la scène, s'élevait à 21 mètres de hauteur. Le côté faisant face aux sièges était constitué de niches abritant des statues et d'une rangée de colonnes de granit alternativement noir et rouge soutenant des frises décorées. Le long d'un passage, derrière le scenae frons, se trouvaient des « loges » destinées aux acteurs et aux machinistes. Dans le mur nord de ce couloir, trois ouvertures donnaient directement accès à la rue Palladius.

L'amphithéâtre

L'amphithéâtre était situé sur le plateau au sud du centre municipal romain. Un hippodrome y avait été construit, mal connu car l'amphithéâtre romain fut édifié sur sa partie ouest. De forme ovale (102 x 67 m), cet amphithéâtre comprenait une arène de 82 m de long et 47 m de large. L'arène, entourée par un mur de 3,2 mètres de hauteur, abritait 10 à 12 rangées de sièges pour 5 à 7 000 spectateurs. Trois rangées seulement ont été conservées. Au centre du gradin du côté nord se trouvait une plate-forme pour les notables, un parterre et les organisateurs des jeux. Sur les côtés ouest et est de ce mur, des entrées donnaient un accès direct à l'arène ; le long du mur, autour de l'arène, plusieurs pièces servaient peut-être de cages aux animaux sauvages. Les spectacles donnés dans l'amphithéâtre comprenaient probablement des combats de gladiateurs, la chasse aux animaux sauvages, des compétitions sportives, etc.

Au IVe siècle, sous la domination byzantine chrétienne, les spectacles dans l'amphithéâtre furent interdits. Au cours des siècles suivants, des habitations, ainsi que des bâtiments industriels et commerciaux, furent construits sur ses ruines et une rue pavée de basalte reliait cette banlieue au centre de la ville. Deux inscriptions en grec informent que le pavage fut financé par un don généreux de l'archon (titre du gouverneur de province) Flavius Oreste (535).

 
 

 

  Les thermes de l'ouest

Au nord-ouest du théâtre, à l'extrémité sud de la rue Palladius, un grand ensemble de thermes, de 100 mètres de long sur 90 de large, fut construit au IVe siècle. Un monumental propylée (porte) avec des colonnes et des frises sculptées reliait la rue à une colonnade pavée de mosaïques qui conduisait à la cour des thermes. Sur trois côté, cette cour était bordée de larges portiques pavés de mosaïques ou de tuiles en marbre colorées. En 535, ces mosaïques, selon une inscription, furent remplacées par des dallages de marbre. Les thermes eux-mêmes étaient constitués de huit salles contenant un bassin à ciel ouvert et devant, des fontaines. Au centre, de vastes pièces étaient chauffées par un hypocauste. Des dômes en pierre recouvraient les salles pavées de dalles de marbre et aux murs ornés de peintures. Le bâtiment abritait aussi deux latrines publiques. Les nombreuses inscriptions gravées dans la pierre ou insérées dans les sols en mosaïques indiquent les rénovations ou modifications apportées par les gouverneurs de la province. Au VIe siècle, une remarquable abside fut ajoutée au portique ouest de la cour ; elle abritait les rassemblements publics.

La synagogue dans la maison de Léontius

La maison de Léontius, ainsi nommée par les archéologues (fouilles de 1964 à 1972), fut construite à l'époque byzantine dans la partie ouest de Scythopolis. Quelques pièces seulement, entourant la cour, ont été mises à jour, notamment celle orientée au sud, mesurant 7m x 7m, qui servait de synagogue. Les mosaïques colorées du sol, entourées par une bordure extérieure ornée de fleurs et d'oiseaux, autour de médaillons décorés d'animaux, créée par des treillis de vigne dépassant d'une amphore. Le médaillon central contenait une ménorah (chandelier) sous le mot chalom (paix). Quatre inscriptions ont été retrouvées dans la pièce : deux sont rédigées en araméen et l'une mentionne les membres de la sainte communauté qui ont contribué à la rénovation du bâtiment ; l'une des deux autres, en grec, se réfère à José l'aubergiste, corroborant l'idée que la synagogue se trouvait dans une auberge.

 
 
  Plusieurs pièces étaient situées au nord-ouest du bâtiment et le sol de l'une d'elles était pavé de mosaïques représentant des scènes de l'Odyssée : Ulysse attaché au mât de son navire, luttant pour résister au chant des sirènes. Une inscription en grec mentionne Leontius et son frère Jonathan qui financèrent le sol de mosaïque et souhaitaient que leur geste ne tombe pas dans l'oubli.
 
 

 

  Le monastère de Dame Marie

Le monastère, fondé en 567 et situé au tel d'Itztaba, a été exhumé dans les années 1930. Cet édifice, construit près de la muraille à l'intérieur de Scythopolis, porte le nom d'une donatrice mentionnée dans l'une des inscriptions dédicatoires. Le monastère comprenait une église et plusieurs chambres pavées de mosaïques. Le sol de mosaïque de l'espace central dans l'église est orné de cadres de diverses formes et différentes tailles dans lesquels sont représentés des animaux - lions, chameaux, sangliers et autruches. Au centre, un zodiaque, avec les noms en grec des douze mois.

La synagogue samaritaine

 
 

  La synagogue était, elle aussi, située au tel d'Itztaba, à l'extérieur des murailles de la Scythopolis byzantine, au nord. L'édifice, mis à jour en 1960, présente le plan d'une basilique, l'abside étant orientée vers le nord-ouest et non vers Jérusalem. Le sol en mosaïque est décoré de motifs floraux et géométriques sans la moindre représentation humaine ou animale. Le tapis carré posé devant l'abside décrit un aedicule (petit temple) soutenu par des colonnes et couvert d'une parokhet (tenture). Des deux côtés de l'aedicule, on retrouve des représentations identiques de symboles rituels : ménorah (chandelier), chofar (corne de bélier) et pelle à encens. L'une des inscriptions sur la mosaïque du sol, rédigée en grec mais en écriture samaritaine est à l'origine de l'hypothèse présumant que ce bâtiment était une synagogue samaritaine (voir ci-contre).


Beit Shean-Scythopolis ultérieurement

 
 
  Scythopolis, passée sous domination musulmane en 635, fut renommée Beisan. La ville ne subit pas de dommages et, jusqu'au VIIIe siècle, sa population chrétienne vécut aux côtés des musulmans récemment arrivés. A cette époque, la ville déclina néanmoins et sa splendeur architecturale romano-byzantine fut laissée à l'abandon. De nouveaux édifices furent érigés dans les rues mêmes, les réduisant à de simples passages, et des échoppes de fortune furent ouvertes entre les colonnades. Au VIIIe siècle, la ville se trouvait dans un piètre état ; le marbre avait été retiré pour fabriquer de la chaux, la rue Palladius était barrée et la place Sigma transformée en cimetière.

Le 18 janvier 749, la ville, fut totalement détruite par un tremblement de terre mentionné dans les sources littéraires juives. De grandes quantités de poteries, de récipients en métal et en verre ainsi que des bijoux, des pièces d'or et d'argent et un certain nombre de squelettes ont été retrouvés dans les fouilles.

Au XIIe siècle, les croisés construisirent une petite forteresse au sud du tel en utilisant les pierres retirés des bâtiments de l'ancienne Scythopolis. Après leur défaite, à la fin du siècle, Beisan devint un village arabe n'évoquant plus rien de la grande ville élégante d'antan.
La conservation et la restauration des vestiges du centre municipal de la Scythopolis romano-byzantine ont été entreprises parallèlement aux fouilles archéologiques. Il est désormais possible de se promener dans les rues à colonnades de ce centre pour admirer les édifices publics et visiter le théâtre partiellement restauré où des spectacles sont à nouveau présentés.

Le théâtre a été mis à jour dans les années 1950 par S. Appelbaum. Les fouilles de 1983 au tel de Beit Shéan ont été réalisées sous la direction de Y. Yadin et S. Geva ; celles des années 1989 à1996étaient dirigées par A. Mazar pour le compte de l'Université hébraïque de Jérusalem.

Les fouilles effectuées à Tel Itztaba étaient dirigées par G. Mazor et R. Bar-Natan pour le compte de la Direction des antiquités d'Israël. Celles du centre ville de l'époque romano-byzantine par G .Mazor et R. Bar-Natan pour le compte de la Direction des antiquités d'Israël et par Y. Tsafrir et G. Foerster pour le compte de l'Université hébraïque de Jérusalem.

 
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