Megiddo-La Ville de Char de Salomon
Israel Ministry of Foreign Affairs
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 Megiddo-La Ville de Char de Salomon

1/30/2001

 

 SITES ARCHEOLOGIQUES NO. 6
 INTRODUCTION | KATZRIN | JOTAPAT | BEIT SHEARIM | MEGIDDO |
 JERUSALEM - VILLE HAUTE | JERUSALEM MAMELOUKE | NAHAL REFAIM |
 BEIT SHEMESH | HERODION | ARAD
 
     
Megiddo - La ville du char de Salomon
 
 
 

Le tel (tertre) de Megiddo, appelé aussi Tel-el-Mutessellim (la colline du souverain) a été identifié comme l'une des villes les plus importantes de l'époque biblique. Située sur une hauteur surplombant la fertile vallée de Jezréel, Megiddo revêtait une grande importance stratégique car elle commandait, à l'est, les abords de Nahal Iron (un nahal est un lit de rivière à sec), c'est-à-dire une partie de la grande artère internationale menant d'Egypte à Damas et en Mésopotamie en passant le long de la plaine côtière vers la vallée de Jezréel (cette route prit ultérieurement le nom de Via Maris, la route de la mer). De nombreuses batailles, livrées pour contrôler la ville, sont mentionnées dans les sources anciennes ; dans le Nouveau Testament (Révélation 16 :16), Armageddon (considéré par certains comme une corruption de Har Megiddo - la colline de Megiddo) est cité comme le site de la bataille de la fin des jours .

Le tertre urbain de Tel Megiddo, l'un des plus étendus d'Israël, d'une superficie d'environ 6 hectares, et d'une grande richesse archéologique, constitue un site important pour l'étude de la civilisation matérielle de l'époque biblique. Au total, au cours des 5 000 ans d'une occupation humaine continue - depuis l'époque du premier peuplement à la fin du VIe millénaire jusqu'à son abandon au Ve siècle avant l'ère chrétienne - 20 villes furent construites l'une sur l'autre à Megiddo.

Depuis le début du XXe siècle, de nombreuses expéditions ont effectué des fouilles à Megiddo. Les plus importantes furent menées pour le compte de l'Institut oriental de l'université de Chicago entre 1925 et 1939. Les quatre villes les plus proches de la surface du tel, datant de la première moitié du Ier millénaire avant l'ère chrétienne, furent exhumées par cette expédition. Plusieurs parties creusées jusqu'au soubassement mirent à jour les vestiges de la première ville.

Ces découvertes corroborent les témoignages écrits signalant l'importance de Megiddo, d'abord ville royale cananéenne, puis bastion et centre administratif égyptien, ensuite ville du char des rois d'Israël et enfin ville contrôlant les provinces assyriennes et perses.

Les fouilles de Megiddo reprirent en 1994 dans le but de clarifier la stratigraphie et la chronologie du tel et d'obtenir d'autres renseignements sur les vestiges architecturaux et culturels du site.

Ville royale cananéenne et centre administratif egyptien

 
 
Bama cananéenne

 

 

 

Chaire cultuelle en bronze

 

 

 

Plaque en ivoire décorée

 

 

 

Boîte en ivoire
 

Un village avait été construit sur la colline de Megiddo à la fin du VIe millénaire avant l'ère chrétienne, mais la première localité urbaine fortifiée, dont les vestiges ont été mis à jour sur le soubassement de la partie orientale du tel, date du début du IIIe millénaire avant l'ère chrétienne. A l'intérieur de ses murailles se trouvait un temple rectangulaire allongé, avec un autel situé en face de l'entrée ; son plafond bas était soutenu par des colonnes de bois posées sur des socles en pierre. La reprise des fouilles a exhumé de longs murs parallèles en pierre, de 4 mètres d'épaisseur chacun, les intervalles entre eux étant remplis des animaux sacrifiés avec leurs os.

Au cours des 2000 années suivantes, une série de temples cananéens furent construits, l'un au-dessus de l'autre, sur le site de cet ancien temple.

A la fin du IIIe millénaire, fut édifiée une bama (autel) circulaire en pierre locale, de 8,5 mètres de diamètre et de 1,5 mètre de hauteur. Sept marches menaient au sommet sur lequel étaient offerts les sacrifices. C'est un excellent exemple des bamot (autels) cultuelles fréquemment mentionnées dans la Bible (par exemple, I Samuel 9 : 12-15). Puis, au début du IIe millénaire avant l'ère chrétienne, un ensemble de trois temples identiques fut ajouté à l'arrière de la bama, constituant une impressionnante enceinte cultuelle cananéenne. Chacun de ces temples consistait en une pièce rectangulaire comprenant, au fond, une bama et sur la façade une cour ouverte. deux socles circulaires en pierre y indiquent la trace de piliers. Vers la fin du IIe millénaire, un nouveau temple cananéen fut construit sur les ruines de ses prédécesseurs ; ses murs particulièrement épais, et les deux tours protégeant sa façade, enserraient une petite pièce cultuelle.

A compter du début du IIe millénaire, la ville de Megiddo, devenue un important centre militaire, fut entourée de puissantes fortifications en pierre, renforcées par des remparts de terre avec un glacis (revêtement lisse en pente forte). L'enceinte située à l'intérieur des murs fut soigneusement planifiée et divisée en plusieurs quartiers bien délimités : les quartiers royaux abritant les palais ; le quartier administratif ; et les quartiers résidentiels. Ce plan ne connut guère de modifications importantes jusqu'au XIIe siècle avant l'ère chrétienne.

Vers le milieu du IIe millénaire, une nouvelle porte en pierre de taille, de dimensions inhabituelles, reposant sur des fondations de basalte bien coupées, fut percée dans le rempart nord de la ville. Elle comprenait deux paires de logements séparés par un large passage aisément accessible aux chariots. Près de la porte du rempart orienté à l'est, se dressait le palais des rois cananéens de Megiddo. C'était un splendide palais, très spacieux, avec des salles construites autour d'une cour. Les bijoux en or et les ivoires retrouvés dans le trésor du palais témoignent de la richesse des rois de Megiddo et de leurs relations politiques et commerciales avec les contrées et les cultures voisines.

Megiddo est mentionnée à plusieurs reprises dans les inscriptions royales égyptiennes du XVe au XIIIe siècle avant l'ère chrétienne. Elles attestent l'importance de la ville en tant que centre de l'administration égyptienne en Canaan et en tant que base logistique sur la route du nord. Les inscriptions retrouvées dans le temple du dieu Amon à Karnak (en Haute Egypte) décrivent la première campagne militaire de Touthmosis III en Canaan, au début du XVe siècle avant l'ère chrétienne. Selon cette description, l'armée égyptienne traversa les collines de Manassé, puis avança par le Nahal Iron vers la vallée de Jezréel. L'armée unifiée des rois cananéens, surprise par ce mouvement militaire, fut battue à plate couture ; Megiddo fut conquise après sept mois de siège. Sa majesté [Touthmosis III] s'adresse à ses généraux :

Ce misérable ennemi [les Cananéens] ... est arrivé pour pénétrer dans Megiddo. Il s'y trouve en ce moment. Il a réuni autour de lui les princes de chaque pays étranger qui avait été loyal envers l'Egypte, ainsi que de ceux de pays aussi éloignés que Naharin et Mitanni [dans l'actuelle Syrie]...

Ensuite sa majesté s'est avancée à la tête de son armée... Elle n'avait pas rencontré le moindre ennemi. Leur aile sud était à Taanach, tandis que leur aile nord était déployée sur le versant sud de la vallée Qina... Sur ce, sa majesté [Touthmosis] l'a emporté sur eux [les Cananéens] à la tête de son armée. Voyant que sa majesté l'emportait, ils s'enfuirent à grande vitesse à Megiddo, la peur au visage. Ils abandonnèrent leurs chevaux et leurs chariots d'or et d'argent...

Six lettres datant du XIVe siècle avant l'ère chrétienne, retrouvées dans les archives des rois égyptiens à el-Amarna, furent envoyées par le roi de Megiddo à ses suzerains, les rois d'Egypte. Dans ces lettres, Biridiya, roi de Megiddo, décrit la menace croissante pesant sur sa ville aux mains de Labayu (roi de Sichem) et demande de l'aide :

Au roi, mon seigneur, et mon dieu-soleil : Ainsi Biridiya, le fidèle serviteur du roi. Aux deux pieds du roi, mon seigneur, et mon dieu-soleil, sept et sept fois je tombe. Que mon roi sache que, depuis que les archers sont rentrés [en Egypte], Labayu a entamé les hostilités contre moi, et nous ne pouvons pas nous leurrer, nous ne pouvons pas franchir la porte en présence de Labayu depuis qu'il a appris que tu ne nous as point accordé d'archers ; et maintenant il prévoit de conquérir Megiddo, mais laissons le roi protéger la ville, de crainte que Labayu ne s'en empare. En vérité, Labayu n'a pas d'autre dessein. Il cherche à détruire Megiddo

Avec le déclin du contrôle égyptien aux XIIe et XIe siècle avant l'ère chrétienne, des luttes pour le pouvoir firent rage entre Cananéens, Philistins et Israélites, qui laissèrent leur marque sur les vestiges de Megiddo. La ville fut finalement conquise par le roi David qui en fit un important centre régional de son royaume.

La ville du char monarchique

 
 
Un abreuvoir en pierre

 

 

 

 

 

Le tunnel du système d'adduction d'eau
 

Megiddo connut son apogée sous le règne du roi Salomon, au Xe siècle avant l'ère chrétienne. Il la rebâtit comme une ville royale administrant la partie nord du royaume. La construction de Jérusalem, la capitale, ainsi que de Hatzor, Megiddo et Ghézer, dans le cadre d'une planification urbaine centralisée, est rapportée dans la Bible :

Le but de l'impôt qu'avait levé le roi Salomon était de construire la maison de l'Eternel et sa propre demeure plus le Millo, la muraille de Jérusalem, Hatzor, Megiddo et Ghézer. (I Rois 9 : 15)

Des éléments architecturaux caractéristiques des centres royaux de l'époque monarchique ont été découverts dans les trois villes. Dans les fouilles de Megiddo, de tels éléments se retrouvent dans les palais, édifices, fortifications, bâtiments administratifs, entrepôts, étables et système d'adduction d'eau.

Pendant le règne de Salomon, Megiddo était entourée d'une robuste casemate (deux murs parallèles avec des séparations entre eux délimitant des pièces). Les casemates servaient à loger les soldats et à entreposer l'équipement. Une nouvelle porte de la ville fut construite sur les vestiges de la porte cananéenne dans la partie nord du mur. Elle comprenait trois séries de chambres reliées par un couloir ; pour plus de sécurité, des tours et une porte y furent ajoutées à l'extérieur.

Dans la ville, de spacieux palais furent construits et, à côté, des bâtiments administratifs de plan identique : une série de salles s'ordonnant autour d'une cour centrale ouverte. Ils étaient fort bien construits, en grande partie en grosses pierres de taille, les murs épais soutenant un second étage. Les montants de porte étaient surmontés de chapiteaux de pierre proto-aeoliens aux volutes stylisées.

Détruite au cours de la campagne militaire du pharaon chéchonq en 926 avant l'ère chrétienne, Megiddo fut reconstruite durant le règne de Achab, roi d'Israël (vers 874-852 av. J.-C.) qui en fit une ville du char royale. Les murs de la nouvelle ville, de 3,5 mètres d'épaisseur, étaient construits en saillants et en rentrants et incorporaient la porte de la ville de Salomon. Parmi les édifices datant du règne d'Achab, plusieurs grands bâtiments identiques s'étendant sur d'importantes parties de la ville méritent une mention particulière. Certains archéologues pensent qu'il s'agissait d'entrepôts, de casernes ou de marchés, mais la plupart des chercheurs considèrent qu'ils abritaient des écuries.

En se fondant sur le récit biblique, les écuries remontent au règne de Salomon, mais de nouveaux indices permettent de les dater du début du IXe siècle, durant le règne du roi Achab. L'ensemble des écuries, situé au sud, est divisé en plusieurs compartiments, séparés chacun en trois longues pièces parallèles : les pièces extérieures pour les stalles, les couloirs entre elles pour le personnel des écuries. Le plafond était soutenu par de gros piliers de pierre à section carrée. On trouvait également dans les écuries d'immenses abreuvoirs en pierre ainsi que des pierres perforées pour attacher les chevaux. Au milieu d'une cour spacieuse entourée d'un mur de pierre, trônait un bassin d'irrigation. On estime que les écuries de Megiddo pouvaient accueillir 450 chevaux ; les bâtiments mitoyens abritaient certainement plusieurs dizaines de chars de combat - un nombre impressionnant pour l'époque.

Pour assurer l'approvisionnement en eau de la ville en période de siège, un système souterrain d'adduction d'eau avait été creusé dans le roc, dans la partie ouest de la ville, permettant d'atteindre la source située au pied de la colline, à l'extérieur des murailles, sans être aperçu par l'ennemi. Cette réalisation, constituée d'un puits vertical à section carrée de 25 mètres de profondeur et d'un tunnel horizontal de 80 mètres de long, requit une ingéniosité considérable et une main-d'uvre extrêmement nombreuse. Pour cacher la source d'eau aux yeux de l'ennemi et protéger les usagers du système d'eau, un mur particulièrement épais, camouflé par un revêtement de terre, fut construit à l'entrée de la grotte d'où jaillissait la source, bloquant l'accès de l'extérieur.

Megiddo continua à abriter le siège du gouverneur royal durant le règne de Jéroboam II, roi d'Israël, comme en témoigne un sceau découvert dans les fouilles du début du XXe siècle, portant l'inscription à Shema, serviteur de Jéroboam . Pendant la rébellion de Jéhu, Achazia, roi de Judah, s'enfuit à Megiddo où il mourut de ses blessures (II, Rois 9 : 27).

Megiddo fut apparemment conquise et détruite en 732 avant l'ère chrétienne, pendant la campagne de Téglath-Phalasar III, roi d'Assyrie, contre le royaume d'Israël (II, Rois 15 : 29).

 
 

 

 

Les derniers jours de Megiddo

Les Assyriens firent de Megiddo la ville royale de leur province au nord du royaume d'Israël conquis et la rebâtirent dans leur tradition architecturale la plus pure. Un réseau orthogonal de rues divisait la ville en quartiers. Dans la partie sud, on a découvert un silo souterrain de 11 mètres de diamètre, tapissé de pierre, flanqué sur les côtés de deux volées de marches étroites. A la fin du VIIe siècle, apparemment pendant le règne de Josias, roi de Judah, une forteresse rectangulaire fut édifiée au sommet du versant est du tel, mais elle ne demeura en usage que jusqu'à la chute de Josias, en 609 avant l'ère chrétienne, et fut alors détruite.

De son temps, le Pharaon Néchao, roi d'Egypte, marcha contre le roi d'Assyrie vers l'Euphrate : le roi Josias s'avança contre lui et il le fit périr à Megiddo dès qu'il l'eut aperçu (II Rois 23 : 29).

Dès lors, Megiddo ne cessa de décliner et finit par être abandonnée durant la domination perse, au Ve siècle avant l'ère chrétienne.


Les nouvelles fouilles sont réalisées par I. Finkelstein et D. Ussishkin pour le compte de l'Université de Tel Aviv en coopération avec B. Halpern pour le compte de l'Université d'Etat de Pennsylvanie

 
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